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La peur du lendemain

En ce moment, pour les besoins d’un livre, je dois faire des recherches sur Duane Bryers et ses illustrations d’HILDA. Intéressant mais je pars de loin en fait je réalise.

Ce travail en cours, en collaboration avec ma dessinatrice préférée dont voici un blog plein d’illustrations : //lexard.blog4ever.com ( ou bien sur FaceBook, rechercher Alexandra Rouvet-Duvernoy-leXard.

Il n’y a pas de mal à se faire du bien, et que je fasse au moins un peu de pub à ma collaboratrice que diable !), est ce qui me reste actuellement d’îlot créatif au milieu d’un océan de soucis et de pression…et ça me fatigue je dois bien avouer.

 

Bon il faut quand même avouer que côté domestique les choses sont plus faciles, voilà que ma tendre Constance, arrivée à son quatrième mois de grossesse n’a plus de nausées ce qui rend la vie plus facile. De plus j’ai vu mon petit bonhomme bien au chaud dans le ventre de sa maman, et l’émotion qui fut la mienne lorsque je le vis lever un poing volontaire et rageur au moment du cliché échographique restera comme un mélange de fierté et d’amour incroyable.

Ben ouais, je ne le connais pas encore mais je l’aime déjà.

Mon fils…je vais être chiant au cours des prochains mois je vous préviens tout de suite, mais je risque de parfois me laisser aller à dire simplement « Mon fils… », puis à sourire béatement les yeux dans le vague et le vague à l’âme.

 

Mon Pierrot de cousin, mon frère de sang, mon camarade de toutes mes luttes me disait il y’a peu « Ben toi quand tu décides de changer un truc dans ta vie tu ne le fais pas à moitié ! ».

Il parait qu’un enfant est un tsunami, qu’il change totalement une vie. Je me languis.

 

Je crois déjà vous l’avoir dit, mais dans le doute je me répète, le 26 Novembre je tournerais le dos à cette magnifique industrie de l’abrutissement organisé qu’est la télévision !

Au risque de faire mon intello-bobo-crétinoïde, j’avoue regarder la télé mais essentiellement…Arte. C’est la seule chaîne qui d’une part m’offre des contenus intéressants et d’autre part a un ton qui ne m’agresse pas.

Alors c’est vrai que j’aurais pu chercher un job dans ce monde que je connais par cœur et me rapprocher de la création de programmes tels qu’ils sont sur Arte ou France 5 par exemple. Du documentaire, du talk, des trucs pas trop cons quoi !

Mais au bout de 10 ans de jeux TV j’ai atteint le maximum de ce que je pouvais offrir je crois.

J’en peux plus des jeux TV, j’en peux plus des QCM, des bonnes réponses, des bumpers, des animateurs crétins et arrogants, des poufs maquillées comme des bagnoles volées, des producteurs imbéciles, de ce cynisme mortifère…plein le cul !

Je donne une autre orientation à ma vie professionnelle, le but étant de toute façon de pouvoir subvenir aux besoins de ma famille en travaillant de chez moi…mais c’est une autre histoire dont peut-être je vous parlerais.

 

Et je suis ravi de ce choix, de ce challenge que l’on me propose. Je veux voir mon fils grandir, pouvoir avoir du temps afin de donner vie à cette BD, je veux pouvoir profiter de mon amour, de ma vie avec Constance…en bref il arrive un âge ou des choix importants doivent être faits, et cet âge je l’ai largement dépassé !

 

Mais je serais malhonnête en disant que tourner une page qui couvre 10 années de vie est facile.

Et puis il faut dire que ces 10 années furent mouvementées… « sex, drugs and Rock’n Roll » fut mon leitmotiv au cours de cette décade décadente.

 

Mon premier plateau important fut un direct pour M6 avec 250 boitiers de vote, où l’on calculait le QI de groupes de blondes ou de chauves. Le grand test de QI, c’est comme ça que ça s’appelait.

J’avais prévenu toute ma famille, mes amis et j’étais fier finalement de m’occuper de cette chose.

 

Ça m’est passé, croyez-moi !

 

A l’époque j’étais tout frais, je ne connaissais pas le métier et l’excitation de la nouveauté, alliée au challenge du direct (c’était la première fois en Europe qu’un truc pareil se faisait en direct…je ne parle même pas des USA eux le direct ils ne connaissent pas) font de ce souvenir quelque chose de douloureux mais pas si désagréable.

 

A l’époque il régnait encore une ambiance bon enfant qui confinait souvent au grand n’importe quoi, néanmoins les producteurs, si détestables puissent-ils être, faisaient leur job.

Les gens travaillaient en fait, tout simplement.

 

Cette émission fut compliquée je m’en souviens, obligé de débugger en direct faisant ramer les animateurs histoire de combler le blanc, tout ça avec le gratin de M6 et de Starling (le pendant d’Endemol dans les années 90) dans le dos à me presser de faire vite…ce jour là j’ai su que la pression serait mon lot quotidien.

 

Hier j’ai tourné une de mes dernières émissions. Ça s’appelle « Le plus grand Quiz de France ». L’an dernier c’est au cours du tournage de cette émission que j’ai rencontré Constance…aujourd’hui elle attend notre fils qui devrait pointer le bout de son nez d’ici 5 mois environ.

Cette émission est à peu de choses près la même configuration qu’il y’a 10 ans. 200 personnes, 3 groupes différents, des boitiers de votes, des questions des réponses, des classements et à la fin on en garde 30 pour aller en demi-finale etc.

 

Aujourd’hui les derniers « rockers » de la télé sont partis, ou morts. Remplacés par des jeunes loups directement sortis d’HEC et qui ne connaissent rien au métier mais par contre savent rationaliser, optimiser, organiser…enfin, le croient-ils en tout cas.

 

La production frise le néant, la réalisation fut une catastrophe, les animateurs blasés (à part Mareva Galanter que je ne connaissais pas mais qui porte des décolletés qui devraient être remboursés par la sécurité sociale) une organisation qui n’en est pas une…bref comme un sentiment de gâchis.

Car on continue à tourner de la merde, sauf que désormais on le fait mal.

Franchement j’ai raison de me tailler.

 

Néanmoins je ne pourrais dire à quel point ce fut étrange pour moi hier soir lorsque le tournage terminé j’errais dans le parking en regardant cette Plaine Saint-Denis que j’ai vu se métamorphoser. D’un sordide terrain vague est sorti un des centres d’affaires qui monte en région parisienne ! La Mecque de l’audiovisuel ! « Cacacitta » comme dit si bien Moustic…

 

Et oui, j’étais ému.

Je sais que je pars depuis 3 mois mais hier c’était concret, palpable…et l’émotion s’y disputait au soulagement.

 

Est-ce parce que j’ai tant d’expérience et que je connais ce métier par cœur, ou bien parce que finalement je m’en fous que je n’ai ressenti aucune pression hier ? Certainement un peu des deux.

 

La nostalgie est un sentiment qui ne m’est pas désagréable et hier je l’étais.

 

Je ne regrette rien. Certes si je pouvais il y’a nombre de choses que je ne referais pas à l’identique, c’est certain, mais à quoi bon avoir des regrets ?

 

C’est con, je sais, mais hier soir j’avais la gorge serrée quand j’ai quitté ce plateau.

 

La boucle est enfin bouclée.

 

Et une fois n’est pas coutume je n’ai plus peur de demain.

 

Hasta Siempre…



03/11/2010
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